Yémen : Les Divisions Du Camp Anti-Houthis Ont-Elles Précipité Sa Défaite ?



Yémen : Les Divisions Du Camp Anti-Houthis Ont-Elles Précipité Sa Défaite ?
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Les rebelles houthis ont pris le contrôle de l’ensemble de la côte ouest et des îles du détroit de Bab el-Mandeb lundi 14 septembre, après avoir intensifié leur offensive contre le camp gouvernemental au début du mois, après plusieurs semaines d’escalade.

Mohammed Ali al-Houthi, l’un des principaux leaders Houthis, conduit un véhicule des forces gouvernementales soutenus par l’Arabie Saoudire dans le district d’Al-Jarrahi, dans le gouvernorat de Hudeydah, le 10 septembre 2026.

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Dans ce conflit latent, en cours depuis 2014, les Houthis, soutenus par l’Iran, et qui contrôlent désormais près d’un tiers du pays, sont opposés au camp du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et soutenu par l’Arabie Saoudite. Plusieurs autres organisations progouvernement sont engagées contre les Houthis :

- la Résistance nationale, dirigée par Tarek Saleh, qui est membre du Conseil présidentiel de direction (PLC), une autorité collégiale reconnue par l’ONU ;

- les Brigades des géants du Sud, issues du courant sudiste ;

- les forces du Bouclier de la patrie, équipées par l’Arabie saoudite et placées sous l’autorité du PLC.

À ces formations s’ajoutent notamment des unités de l’axe militaire de Taëz et des forces locales de la Résistance de Tihama. Jusqu’en janvier 2026, il faut citer le Conseil de transition du Sud, un mouvement indépendantiste qui visait à établir un État dans le sud du pays. Il était soutenu militairement par les Émirats arabes unis, mais son offensive fin 2025, couronnée de gains territoriaux, a conduit à une réaction militaire saoudienne. Des responsables ont prononcé début 2026, à Riyad, sa dissolution, mais elle est contestée.

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Beaucoup de groupes, donc, qui partagent l’objectif de combattre les Houthis mais ont dans les faits des soutiens extérieurs saoudiens ou émiratis, et défendent des intérêts distincts.

La Résistance nationale de Tarek Saleh, la Résistance de Tihama ou encore les Brigades des géants du Sud disposent chacune de leurs propres structures et chaînes de commandement.

Des hommes de la Résistance nationale, en août ou septembre 2026, dans des affrontements avec les Houthis.

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"Chacun A Désormais Peur Pour Sa Propre Région"

Selon Mohammed al-Basha, un analyste yéméno-américain en risques, cette fragmentation a beaucoup pesé sur les combats : alors que les Houthis ont concentré leurs forces sur la côte, les autres fronts n'ont pas véritablement bougé au même moment.

"L’opposition aux Houthis n’est pas une seule force au sens militaire du terme. Les Houthis, eux, constituent une force unifiée. Ils disposent d’un commandement unique et d’un système de contrôle unifié.

L’offensive houthie a commencé par des frappes de drones et de missiles destinées à désorganiser le commandement adverse, à frapper les renforts et les dépôts. Elle a été suivie d’une attaque terrestre massive. En face, la coordination entre les différentes composantes du camp gouvernemental semble avoir été insuffisante."

Cette fragmentation ne date pas des dernières semaines. Elle trouve ses racines dans plusieurs décennies de conflits et de rivalités au Yémen, poursuit l'analyste :

"Ces forces ne sont pas sur la même longueur d’onde. Elles sont marquées par la guerre civile du Yémen du Sud en 1986 [survenue à l'intérieur du Yémen du Sud alors appelé République démocratique populaire du Yémen, NDLR], par la guerre entre le Nord et le Sud de 1994 [un conflit de deux mois qui s'est terminé par la victoire du Nord sur le Sud séparatiste, unifiant le Yémen par la force, NDLR] et par la révolution de 2011. Il y a des conflits entre conservateurs et salafistes, entre différents courants salafistes, entre partisans des Émirats arabes unis et partisans de l’Arabie saoudite. À ces fractures historiques se sont ajoutées les rivalités idéologiques et l’affrontement des intérêts régionaux.

Il y a notamment des tensions entre les forces de Tarek Saleh, principalement composées de combattants originaires du Nord, et la Résistance de Tihama, qui sont recrutées localement, et qui estiment devoir gouverner elles-mêmes cette région [la Tihama est une plaine côtière dans l’ouest du Yémen, NDLR]. 

Un rapport du think tank Sana'a Center publié en 2021 explique que Tarek Saleh et la Résistance nationale se veulent les représentants de la côteouest, mais que cette prétention est contestée par la Résistance de Tihama. 

Vidéo de propagande des Géants du Sud, dans laquelle ils affirment détruire des véhicules des forces houthistes.

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L’incident qui a eu lieu à Ad Dali le 9 septembre illustre les tensions au sein même du camp anti-Houthis. Alors qu’il se rendait dans cette région située dans le Sud-Ouest pour inspecter les troupes, un convoi du ministre de la Défense, Taher al-Aqili, a été attaqué par des factions du Conseil de transition du Sud (STC), qui l’ont ensuite contraint à quitter la région après une médiation tribale.

Dans cette publication, deux vidéos prennent visiblement pour cible le convoi du ministre de la Défense Tahir Al-Aqili, à Dhale, dans,le sud-ouest du Yémen, le 9 septembre. Le convoi du ministre s’est réfugié dans un camp militaire, qui a ensuite été assiégé par des factions du STC dissous.

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Mohammed al-Basha explique :

"Cet épisode a été perçu par certains acteurs comme une provocation en raison des origines nordistes du ministre. De tels événements rendent encore plus difficile la constitution d’un front commun contre les Houthis.

Chacun a désormais peur pour sa propre région. Chacun est devenu une sorte d’île indépendante, un canton. Comment voulez-vous ensuite que ces forces s’unissent pour combattre les Houthis ?"

Objectif Taëz Et Marib ?

Sur le terrain, le bilan des combats est lourd. Au 15 septembre, la Résistance nationale avait annoncé, depuis la reprise des affrontements le 9 août, un bilan d'environ 2 000 morts, blessés, disparus ou prisonniers parmi ses combattants. Les Houthis ne communiquent pas de bilan, mais ont annoncé plus de 300 funérailles.

Cependant, pour Mohammed al-Basha, les Houthis ne vont pas s’arrêter là :

"Les Houthis sont dans une dynamique militaire qui s’accompagne d’un avantage psychologique : les forces adverses sont en situation de défaite, tandis que les rebelles se trouvent dans une phase d’euphorie après leurs conquêtes. Je pense qu'ils vont accentuer la pression sur Taëz et Marib, et qu’il y aura des tentatives d’implantation politique et tribale plus à l’est."

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